“Il y a une certaine sorte d'amour dont l'excès empêche la jalousie.”
François VI, duc de La Rochefoucauld (1613-1680), est un moraliste et mémorialiste français du Grand Siècle. Issu de l'une des plus illustres familles de la noblesse française, sa vie fut marquée par son engagement dans les intrigues de la Fronde aux côtés de la duchesse de Longueville, expérience qui nourrit ses réflexions désabusées sur la nature humaine. Son style littéraire se caractérise par une concision extrême, une précision chirurgicale et une élégance classique. Les 'Maximes', son œuvre majeure, présentent des pensées brèves, souvent cyniques, qui dissèquent les motivations humaines avec une lucidité impitoyable, révélant l'amour-propre comme le ressort universel de nos actions.
La Rochefoucauld appartient au courant du moralisme français du XVIIe siècle, influencé par le jansénisme et l'augustinisme. Sa philosophie est un pessimisme psychologique qui nie la vertu désintéressée. Techniques principales : l'aphorisme (forme brève et percutante), l'antithèse (oppositions frappantes), la généralisation (de l'observation particulière à une loi universelle), et l'ironie froide. Il pratique une 'anatomie' de l'âme humaine, démasquant l'égoïsme et la vanité derrière les apparences de vertu.
Il fut blessé d'une balle de mousquet qui lui traversa le visage lors du siège de Paris en 1652, ce qui affecta durablement sa santé et contribua peut-être à son tempérament mélancolique.
Il fréquenta assidûment le salon de Madame de Sablé, où se forgeaient et s'échangeaient des maximes, pratique littéraire à la mode.
Ses 'Maximes' furent publiées anonymement et souvent piratées, ce qui le poussa à en publier lui-même des éditions corrigées et augmentées.
Bien que célèbre pour son cynisme, il était réputé dans la haute société pour sa loyauté en amitié et son courage physique.
Le manuscrit original des 'Maximes', annoté de sa main et de celle de Madame de La Fayette et de Jacques Esprit, est conservé à la Bibliothèque nationale de France.
“Il y a une certaine sorte d'amour dont l'excès empêche la jalousie.”
“On donne des conseils, mais on n'inspire point de conduite.”
“Nous n'avons pas assez de force pour suivre toute notre raison.”
“La simplicité affectée est une imposture délicate.”
“Aimez le chocolat à fond, sans complexe ni fausse honte, car rappelez-vous : “sans un grain de folie, il n’est point d’homme raisonnable.””
“La haine pour les favoris n'est autre chose que l'amour de la faveur.”
“La gravité est un mystère du corps inventé pour cacher les défauts de l'esprit.”
“L'aversion du mensonge est souvent une imperceptible ambition de rendre nos témoignages considérables, et d'attirer à nos paroles un respect de religion.”
“Notre repentir n'est par tant un regret du mal que nous avons fait, qu'une crainte de celui qui nous en peut arriver.”
“Absence diminue les médiocres passions et augmente les grandes, comme le vent éteint les chandelles et allume les fournaises.”
“L'orgueil se dédommage toujours et ne perd rien lors même qu'il renonce à la vanité.”
“Quelque défiance que nous ayons de la sincérité de ceux qui nous parlent, nous croyons toujours qu'ils nous disent plus vrai qu'aux autres.”
“L'envie est plus irréconciliable que la haine.”
“Le sage trouve mieux son compte à ne point s'engager qu'à vaincre.”
“La promptitude à croire le mal sans l'avoir assez examiné est un effet de l'orgueil et de la paresse. On veut trouver des coupables ; et on ne veut pas se donner la peine d'examiner les crimes.”
“La jeunesse est une ivresse continuelle ; c'est la fièvre de la santé ; c'est la folie de la raison.”
“La prudence et l'amour ne sont pas faits l'un pour l'autre : à mesure que l'amour croît, la prudence diminue.”
“Les vices entrent dans la composition des vertus comme les poisons entrent dans la composition des remèdes. La prudence les assemble et les tempère, et elle s'en sert utilement contre les maux de la vie.”
“Les gens heureux ne se corrigent guère ; ils croient toujours avoir raison quand la fortune soutient leur mauvaise conduite.”
“Lorsque notre haine est trop vive, elle nous met au-dessous de ceux que nous haïssons.”