“Pourquoi espérais-je que nous serions heureux à l'étranger ? Un changement d'environnement est le miroir aux alouettes traditionnel auquel s'en remettent les amours et les poumons dont le sort est scellé.”
Vladimir Nabokov (1899-1977) est un écrivain russo-américain né à Saint-Pétersbourg dans une famille aristocratique. Exilé après la révolution bolchevique, il vécut en Europe puis aux États-Unis où il enseigna la littérature. Son style se caractérise par une prose virtuose, un multilinguisme (russe, anglais, français), un goût pour les jeux de mots complexes et une fascination pour les motifs récurrents. Nabokov considérait la littérature comme un art de l'illusion et du détail, où la forme prime souvent sur le fond.
Nabokov rejetait les étiquettes littéraires mais son œuvre s'inscrit dans le modernisme avec des touches postmodernes. Techniques caractéristiques : narration non linéaire, narrateurs peu fiables, métalepses, anagrammes, motifs papillonnaires. Philosophiquement, il explorait la mémoire, l'exil, l'artifice versus la réalité, et défendait l'idée d'une littérature pure, dégagée de tout message politique ou moral.
Nabokov était un lépidoptériste passionné et découvrit plusieurs espèces de papillons
Il écrivait ses romans sur des fiches cartonnées qu'il réorganisait constamment
Il détestait Freud et parodiait souvent la psychanalyse dans ses œuvres
Son roman 'Feu pâle' est structuré comme un poème de 999 vers avec commentaire savant
Il traduisit lui-même 'Lolita' en russe, y ajoutant des passages inédits
“Pourquoi espérais-je que nous serions heureux à l'étranger ? Un changement d'environnement est le miroir aux alouettes traditionnel auquel s'en remettent les amours et les poumons dont le sort est scellé.”
“La bourgeoisie, pour Flaubert, est un état d'esprit, pas un état de finances. Dans une célèbre scène de notre livre, où l'on voit une vieille femme, qui a travaillé dur toute sa vie, recevoir une médaille, pour avoir trimé comme une esclave pour son fermier-patron, sous le regard béat d'un aéropage de bourgeois épanouis, faites-y bien attention, il y a philistinisme des deux côtés, politiciens épanouis et vieille paysanne superstitieuse sont également bourgeois au sens flaubertien du terme.”
“Je n'ai fait qu'obéir à la nature. Je suis le chien fidèle de la nature. Pourquoi alors ce sentiment d'horreur dont je ne puis me défaire ? Lui ai-je subtilisé sa fleur ? Sensibles dames du jury, je n'étais même pas son premier amant.”
“Vous commencerez par l'alphabet, les labiales, les linguales, les dentales, les lettres qui bourdonnent, frelon, bourdon et mouche tsé-tsé. Une des voyelles vous fera dire : " Euh ! " Vous vous sentirez mentalement courbatu et endolori après votre première déclinaison de pronoms personnels. Je ne vois pourtant pas d'autre façon d'accéder à Gogol (ou d'ailleurs à n'importe quel autre écrivain russe). Comme toutes les grandes réussites littéraires, son œuvre est un phénomène de langage et non d'idées.”
“L'authentique, l'innocent, le bon, n'est jamais pochlost. On peut affirmer qu'un homme simple et non civilisé est rarement, sinon jamais, un pochlost, car le " pochlisme " sous-entend le vernis de la civilisation.”
“Avant d'aller en Allemagne, Roudine avait étudié à l'université de Moscou. Un de ses amis nous parle ainsi de leur jeunesse : " Une demi-douzaine de jeunes gens, une seule et unique chandelle de suif [...], le thé le meilleur marché, de vieux biscuits secs [...], mais nos regards flamboient, nos joues sont empourprées, notre cœur bat [...] et nous parlons de Dieu, de la Vérité, de l'Avenir et l'Humanité, de la Poésie – nous disons parfois des sottises, mais qu'importe ! "”
“Tu ris. Quand tu ris, j'ai envie de transformer le monde entier en ton miroir. (...) Car toi et moi, nous sommes des dieux... Je sens la rotation des univers inexplorables dans mon sang...”
“Il fut accueilli par une grande dame pâle, large de hanches, avec une verrue glabre placée près de l'une des narines de son nez bulbeux : l'un de ces visages que l'on décrit sans être capable de dire quoi que ce soit des lèvres ou des yeux car le fait même de les mentionner apparaît comme une contradiction involontaire de leur totale insignifiance.”
“Il fut accueilli par une grande dame pâle, large de hanches, avec une verrue glabre placée près de l'une des narines de son nez bulbeux : l'un de ces visages que l'on décrit sans être capable de dire quoi que ce soit des lèvres ou des yeux car le fait même de les mentionner apparaît comme une contradiction involontaire de leur totale insignifiance.”