“Après quoi il fit jour ; et le soleil Jeta de toutes parts ses milliers de flèches.”
Yves Bonnefoy (1923-2016) est l'un des poètes français les plus importants de la seconde moitié du XXe siècle. Né à Tours, il abandonne des études de mathématiques et de philosophie pour se consacrer à la poésie. Son œuvre, marquée par une quête métaphysique et une profonde méditation sur la présence et l'absence, cherche à saisir l'unité du monde à travers la fragmentation du langage. Son style, à la fois dense et limpide, allie rigueur formelle et lyrisme, explorant les tensions entre l'idéal et le réel, le concept et la sensation. Il fut également un éminent traducteur (notamment de Shakespeare et de Yeats) et un historien de l'art reconnu.
Bonnefoy est associé à la pensée de l'« immédiateté » et à une critique radicale de la notion d'absolu héritée du platonisme et de l'idéalisme. Influencé par la phénoménologie et par des penseurs comme Hegel et Heidegger, sa poésie constitue une « ontologie critique » qui cherche à habiter le monde sensible dans sa finitude et sa contingence. Techniquement, il pratique un vers libre rythmé, une syntaxe souvent dépouillée, et use de répétitions, d'antithèses et d'images concrètes (pierre, eau, arbre, lumière) pour fonder une parole qui « désapprend » les abstractions et touche à la présence.
Bonnefoy a failli devenir peintre et a longtemps hésité entre la peinture et la poésie. Cette tension entre le visuel et le verbal est centrale dans son œuvre.
Il a écrit un essai célèbre sur la peinture italienne, « L'Arrière-pays » (1972), qui explore son rapport au désir et à l'inaccessible.
Il a refusé à plusieurs reprises de se porter candidat à l'Académie française, par défiance envers les institutions littéraires.
Son premier recueil, « Traité du pianiste » (1946), était fortement influencé par le surréalisme, qu'il a par la suite vigoureusement rejeté.
Il a dirigé pendant des années le « Dictionnaire des mythologies » chez Flammarion, témoignant de son intérêt constant pour les mythes et les symboles.
“Après quoi il fit jour ; et le soleil Jeta de toutes parts ses milliers de flèches.”
“La clarté disparut au ras de ces collines enchevêtrées entre le ciel et le monde. Et ce fut à nouveau la grande nuit d'avant, sans étoiles.”
“Mais le sommeil se fait indifférence. Ses lumières, ses ombres : plus rien qu'une Vague qui se rabat sur le désir.”
“Dans la quiétude de l'écume, où se reflète, Soit beauté, à nouveau, soit vérité, les mêmes Étoiles qui s'accroissent dans le sommeil.”
“L'orage A envahi le ciel, l'éclair S'est fait d'un grand cri bref, Et les richesses de la foudre se répandent.”
“La connaissance est le dernier recours de la nostalgie.”
“Odeurs, couleurs, saveurs, Le même songe, Colombes dans l'ailleurs Du roucoulement.”
“Le silence est comme l'ébauche de mille métamorphoses.”
“Les poèmes aideront à passer avec soi et d'autres êtres le nécessaire serment de fidélité à la vérité de la vie.”
“Rêver : que la beauté Soit vérité, la même Évidence, un enfant Qui avance, étonné, sous une treille.”
“Un père ? Eh bien, celui qui te prend sur ses genoux quand tu pleures, et qui s'assied près de toi le soir lorsque tu as peur de t'endormir, pour te raconter une histoire.”
“Le silence est comme l'ébauche de mille métamorphoses.”
“Un père ? Eh bien, celui qui te prend sur ses genoux quand tu pleures, et qui s'assied près de toi le soir lorsque tu as peur de t'endormir, pour te raconter une histoire.”
“Et qu'un peu de soleil Passe, leur chevelure Brille, ainsi ferait l'or Dans le vase sombre.”
“Et ruisselle à jamais Sur le chemin L'eau d'une heure de pluie Dans la lumière.”
“Parfois prend le miroir Entre ciel et chambre Dans ses mains le minime Soleil terrestre.”
“Et quelle étrange chose que certains mots, C'est sans bouche ni voix, c'est sans visage, On les rencontre dans le noir, on leur prend la main, On les guide mais il fait nuit partout sur terre.”